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L’immigration en Europe, le sujet de l’extrême

, par Louis Ritter

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Migrants en gare de Vienne (Autriche), en septembre 2015. ©CC BY-SA 4.0 Bwag, Wikimedia Commons
Allemagne, Italie, Suède, France, Danemark, Royaume-Uni, Union européenne (UE)…les nouvelles mesures contre l’immigration se sont multipliées sur le continent européen ces dernières années. Ce phénomène évolue en parallèle d’une montée sans précédent des partis et des mouvements d’extrême-droite en Europe, qui incarnent pour certains la solution à ce “fléau”. Partout en Europe, le paysage politique a entamé une mutation inimaginable depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La société européenne semble se refermer sur elle-même au motif que l’immigration est responsable de tous ses maux. Vérité ou bouc-émissaire ? L’immigration est-elle vraiment le problème des sociétés européennes ? Commençons par faire un peu d’histoire. (1/4)

Une histoire de cycles

Fin 2010, début 2011. Dans un certain nombre de pays arabes, la révolte gronde. Si certains résistent à la tempête populaire par des réformes sociales ou la répression, d’autres se font emporter. Tour à tour, les peuples de la Tunisie, de la Libye et de l’Egypte font chuter leur régime autoritaire et mettent à leur place un gouvernement démocratique. Mais la combativité d’un régime va signer le début de l’échec des “Printemps arabes”. La Syrie de Bachar el-Assad refuse de laisser le peuple prendre son destin en main et déchaîne les Enfers. La répression est terrible, le pays devient un champ de bataille. Dans un contexte devenu insupportable, la population syrienne fuit massivement vers les pays voisins en majorité, vers l’Europe pour une petite partie. Entre 6 et 8 millions de personnes sont déplacées, dans et à l’extérieur de la Syrie, soit presque 60% de la population (le pays compte 13 millions d’habitants). En 2015, la pression aux frontières de l’Union européenne est extrêmement forte. Des milliers de réfugiés attendent en Turquie pour rallier le Vieux Continent. Les Européens doivent choisir. Continuer de feindre l’ignorance de la situation, ou ouvrir les frontières. La chancelière allemande Angela Merkel choisit l’humanité. Au cri de “Wir schaffen das !”, elle décide d’accueillir la majeure partie des réfugiés. L’exemple est différemment suivi par les autres États membres de l’UE. L’accueil des réfugiés ne semble pas concerner les autres États européens de la même façon.

La crise est inédite en Europe. Pourtant, non seulement l’UE n’a de loin pas accueilli la majorité de la population syrienne exilée, mais en outre, les Etats membres en ont connu d’autres, et ce avant même le début de la construction européenne. L’historien français de l’immigration, Pascal Blanchard, ne manque pas de nous rappeler l’importance de ces phénomènes depuis la Révolution française : “ L’apport de l’immigration est constitutif de tous les enjeux [...]. La question n’est pas de chercher, dans un premier temps, si cet apport est «  positif  » ou «  négatif  », il est tout d’abord un fait. Un fait précis, qui depuis plus de deux siècles est une composante essentielle de nos identités, de nos démographies, des mutations de nos régions [...]”. [1] L’immigration a en effet été un phénomène cyclique au cours des XIXe et XXe siècles. Si l’Europe a certes été une terre d’émigration massive durant les crises de ces deux siècles, elle fut en grande majorité une terre d’accueil. Ainsi, en France, l’empire colonial a largement contribué à insérer dans la société des composantes noire et arabe. De la même façon, le Royaume-Uni a vu arriver un certain nombre de ressortissants issus de ses colonies africaines et asiatiques qui a modelé le visage de sa population.

Les grandes vagues se sont produites après les deux conflits mondiaux. Ruinés, les belligérants font appel à la main-d’œuvre, européenne en grande partie. Ainsi, Portugais, Espagnols, Polonais, Belges, Italiens ont donné leur force de travail pour reconstruire la France ou l’Allemagne. En outre, la France fait une nouvelle fois appel à sa main-d’œuvre coloniale après l’avoir enrôlée sous les drapeaux. Algériens et Marocains constituent le contingent en tête, devant les Sénégalais ou les Maliens. L’Allemagne quant à elle commence à accueillir ce qui deviendra sa diaspora principale, les Turcs. La Belgique puise dans son imposante colonie du Congo. Bref, l’héritage “blanc et chrétien” de l’Europe devient encore davantage une partie constituante de l’ADN des sociétés européennes. Aujourd’hui en France, plus d’un quart des Français sont d’origine extra-européenne. Les petits-enfants de ces immigrés de travail vivent toujours en France aujourd’hui et disposent de la nationalité française. Mais l’attitude d’ouverture et de volonté d’intégration va sérieusement être battue en brèche par deux grands événements. En France, la guerre d’indépendance de l’Algérie va ouvrir une fracture dans la société, entre ceux qui voudraient conserver l’Algérie dans l’empire colonial français, le futur noyau du parti d’extrême-droite “Front National”, et ceux qui sont partisans d’un règlement du conflit au prix de l’indépendance de l’Algérie, au nom du droit à l’autodétermination des peuples (Wilson, 1919). Malgré les accords d’Evian de 1962, beaucoup d’Algériens continuent de venir en France. Les accords de paix leur laissent de larges portes ouvertes, avec des avantages de procédure ou d’intégration que n’ont pas d’autres nationalités. C’est l’exemple de l’accord de 1968, qui octroie aux ressortissants algériens un statut particulier en France. Les autres nationalités de l’ancien empire colonial français en font de même après leur indépendance respective. Si l’opposition à ces arrivants n’est pas absente, elle demeure néanmoins minime et l’apanage de quelques mouvements nostalgiques de la “Grande France”. La tendance va commencer à s’inverser avec le premier choc pétrolier. En 1973, les pays arabes en guerre contre Israël décident de frapper un grand coup et diminuent leur production de pétrole. La crise atteint les pays européens. Les économies du Vieux Continent perdent leur carburant, les industries doivent licencier, le chômage augmente. Les “Trente Glorieuses” prennent fin sous les assauts du déficit, de l’inflation et de la baisse de la production.

Et l’extrême-droite revint…

La croissance à deux chiffres laisse place à un seul. Les crises sociales prennent de l’ampleur. Le monde politique fait face une nouvelle fois à la fracturation de la société. L’année précédant le choc pétrolier, un ancien membre des Waffen-SS, Pierre Bousquet, et un ancien poujadiste ayant servi dans les rangs de l’armée française en Algérie, Jean-Marie Le Pen, créent le “Front National” (FN). Un parti d’extrême-droite ouvertement raciste, nostalgique de la France coloniale. La crise pétrolière sert de premier marchepied à ce parti qui, dans les années 1980, accuse les immigrés d’exacerber la crise en volant les emplois qu’il considère devoir être prioritairement destinés aux Français. Alors même que le président du Front National, Jean-Marie Le Pen, est largement marginalisé par la classe politique et l’opinion publique, une formidable opportunité de se placer sous les projecteurs va lui être donnée par nul autre que le Président de la République lui-même, un certain François Mitterrand.

Jean-Marie Le Pen se plaint d’être réduit au silence, prétend qu’on lui empêche l’accès aux plateaux de télévision et aux colonnes des journaux. Il faut dire que la société française est encore traumatisée par les crimes des nationaux-socialistes sur son sol durant la Seconde Guerre mondiale. A l’heure du procès contre Klaus Barbie [2], ancien officier de la Gestapo, premier procès pour crime contre l’humanité jugé en France, l’extrême-droite incarne le diable absolu, le risque d’un Acte II. L’ancien poujadiste envoie un courrier au Président de la République pour lui faire part de ses griefs, se plaignant d’un de son mouvement. François Mitterrand voit dans l’apparition de Jean-Marie Le Pen sur la scène médiatique une occasion de mettre des bâtons dans les roues de la droite. Il manœuvre alors pour que le président du FN puisse apparaître dans quelques émissions mineures, et surtout dans du 13 février 1984, où il aura presque une heure et demie pour étaler ses convictions politiques, dont celle sur les immigrés.

Le champ de tir est ouvert. A la même période ailleurs en Europe, les partis d’extrême-droite n’ont que peu de place pour se développer. Derrière le rideau de fer, les régimes communistes de l’est de l’Europe tuent dans l’œuf toutes les voix dissidentes, y compris celles d’extrême-droite. Hors de question de laisser de nouveau la gangrène fasciste s’attaquer à la “grande cause de libération des peuples” qu’est le communisme. Parmi les grands belligérants de la Seconde Guerre mondiale, la République fédérale d’Allemagne (RFA) surveille attentivement le développement d’éventuels mouvements d’extrême-droite, afin de ne plus permettre au pays d’être à l’origine d’une nouvelle guerre. Aujourd’hui, la surveillance est toujours très étroite et la répression importante. Cela n’a en revanche pas empêché le parti Alternativ für Deutschland (Alternative pour l’Allemagne) de et même de renforcer sa position au Bundestag. Le Royaume-Uni, traumatisé par la présence d’un parti favorable à Adolf Hitler, sous la direction d’Oswald Mosley [3], et les contacts établis entre l’ancien roi Edouard VIII (20 janvier - 11 décembre 1936) et les dignitaires nazis, en font de même. Pourtant, des se sont aujourd’hui implantés un peu partout dans le pays. L’Espagne et le Portugal, sous le régime de dictatures jusqu’au milieu des années 1970, sont parmi les seuls à connaître l’extrême-droite comme force politique majeure. Schéma avec lequel les deux pays ont bien vite rompu après la chute du général Franco et de Salazar.

Alors que l’histoire enseigne de ses leçons les risques de la prise de pouvoir des mouvements d’extrême-droite, les secousses politiques et sociales du XXIe siècle ont pourtant été à l’origine d’un retour de ces partis, un peu partout en Europe. L’immigration “est le carburant”, selon le mot de Fabienne Keller, députée européenne du groupe Renew et engagée au Parlement européen sur les questions de migration, pour Le Taurillon [4], de ce vieux moteur dégrippé. La crise des réfugiés de 2015 à 2018 lui a donné un formidable élan. L’élection de Donald Trump à la présidence des Etat-Unis d’Amérique en 2016 finit par ouvrir la boîte de Pandore. Alors que toutes les démocraties libérales du monde tombent des nues face aux résultats, les dirigeants et candidats nationalistes et souverainistes se frottent les mains. Désormais, les chances d’accéder aux fonctions suprêmes ne sont plus des illusions, mais bien une possibilité sans doute plus proche que jamais. La preuve, la première puissance mondiale, le leader du monde libre, première démocratie du monde a ouvert les portes du pouvoir à un dirigeant populiste ancré fondamentalement à droite.

L’immigration demeure plus que jamais le cheval de bataille des mouvements d’extrême-droite en Europe, qui veulent défendre un “mode de vie européen”. Et la mayonnaise prend. Elle se diffuse même de plus en plus dans les mentalités, à travers les médias. La déferlante frappe l’Europe de plein fouet, élection après élection, tout au long des années 2020. La Suède, la Finlande, habitués aux gouvernements sociaux-démocrates, les Pays-Bas, bastions de la démocratie libérale, la Slovaquie font le choix de donner la possibilité à l’extrême-droite de participer au gouvernement. L’Italie installe les nationalistes à la tête du gouvernement pour la troisième fois de son histoire. Tous ont fait campagne sur un objectif : réduire voire empêcher totalement l’immigration, responsable des crises sociales, danger pour la société européenne et vectrice d’insécurité. Des discours que d’aucun ont du mal à démembrer, tant les esprits sont de plus en plus acquis à cette caricature. Alors que les élections européennes approchent, il est important de déconstruire les stéréotypes, rétablir certaines vérités, mettre le doigt sur les contradictions de ces affirmations et donner des clés de compréhension de ce phénomène mal appréhendé.
Notes

[1BLANCHARD Pascal, “Quelle place donner à l’immigration dans l’histoire de la République”, L’Humanité, 24 septembre 2014.

[2Klaus Barbie est extradé depuis la Bolivie vers la France en 1983, avant d’être jugé en 1987 devant la cour d’assises du Rhône.

[3La British Union of Fascists, créée en 1932 par Sir Oswald Mosley.

[4Entretien avec l’auteur, le 22 décembre 2023.

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